Rites funéraires : entre angoisse et sérénité

Le désir de laisser des traces tangibles, quelles qu’elles soient, après la mort, a également engendré de nombreuses concessions à la mentalité ou à la dévotion populaires (cultes des reliques, saints momifiés, etc. ).

Deux conceptions de la vie et de la mort s’opposent : l’une personnaliste et éternaliste, elle-même subdivisée en de multiples croyances, l’autre reconnaissant le caractère impersonnel de la vie et l’inéluctabilité de la mort. Angoisse et sérénité modèlent ainsi l’attitude de tous les peuples, en tout temps et en tous lieux, les pays d’influence bouddhique n’échappant pas à ce schéma.

La conception de la mort dans le bouddhisme ancien
En ce domaine, comme en beaucoup d’autres, il existe des différences notables entre le bouddhisme profond et le bouddhisme populaire. Il suffit de dire ici que le bouddhisme populaire est largement imprégné des croyances prévalant dans les pays où l’Enseignement du Bouddha a été transmis.
Dans l’Enseignement bouddhique le corps substantiel périt, les éléments de la “personnalité” sont brisés, mais le désir de l’homme pour la vie persiste. Sans cesse il l’entraîne vers les renaissances, construisant une “nouvelle vie” conditionnée par les actions accumulées dans le passé. La mort, qui semble si définitive, n’est rien qu’une interruption, ou plutôt une réorientation, du courant de vie incessant.

Il n’y a pas de réincarnation dans le bouddhisme car il n’existe aucune entité spirituelle immuable ; on ne peut découvrir aucune âme qui puisse se réincarner. Le bouddhisme n’opère pas une dichotomie entre un corps périssable d’une part et une âme éternelle d’autre part. L’esprit et le corps sont interdépendants et on ne peut observer que des courants d’événements, de phénomènes, perpétuellement fluctuants dans lesquels aucune âme, soi ou principe ultime puisse se trouver.

L’une des clés de l’Enseignement bouddhique réside dans la constatation de la non-permanence des choses, dans le fait que tout périt inéluctablement. La mort n’est qu’un épisode parmi d’autres au cours d’un long cycle de transformations, et à cet égard elle peut être perçue comme une simple phase de transition. « La mort ne doit pas être considérée comme une catastrophe à caractère unique qui se produit au terme d’une vie puisqu’elle s’inscrit à chaque instant de l’existence. L’attitude idéale face à la mort résulte de cette prise de conscience et implique une acceptation du processus de transformation. » (Edward Conze).

Bien qu’il ne soit pas en fait beaucoup pratiqué ni compris en profondeur, l’Enseignement du Bouddha a permis de développer, au sein des sociétés ayant subi son influence, une attitude détendue à l’égard de toutes les conditions. Ainsi, dans ces sociétés, regarde-t-on généralement la décrépitude et la mort sans l’angoisse et la peur courantes au sein de cultures dans lesquelles on considère le corps comme étant soi-même.

Les rites de passage
L’une des bases de la pratique bouddhique, la compassion, alliée à la sagesse, doit être l’attitude prévalant lors de la mort, que ce soit par rapport aux vivants ou par rapport à “celui qui part”. D’où l’importance dans le bouddhisme de certaines pratiques d’“accompagnement”.

L’état d’esprit d’une personne qui est sur le point de mourir est extrêmement important, car cet état de conscience conditionne aussi la renaissance. La famille, les amis et les moines restent donc à son chevet pour réciter des passages des Écritures et l’aider ainsi à créer un mental clair et pacifié et à réfléchir et méditer, dans la mesure des possibilités. Il est impérieux, à ce moment particulier, de faire naître chez le mourant équanimité et force morale. Les textes les plus souvent usités à cette occasion sont le Satipatthâna Sutta, le Mettâ Sutta, le Ratana Sutta et d’autres textes dits “paritta” (protection).

Les funérailles

Dans les pays bouddhiques on attache une grande importance aux funérailles. Les défunts sont généralement incinérés plusieurs jours après leur mort. Lors de la préparation des funérailles de nombreux rites d’influence bouddhique, brahmanique ou animiste ont lieu et s’interpénètrent, par exemple le bain du corps et sa préparation (introduction de pièces d’argent et de bétel dans la bouche, pose d’une couche de cire sur le visage, etc. ). Le corps est ensuite transporté au monastère pour l’exposition du cercueil et les rites requérant la présence des moines.

Tout au long de la cérémonie, les moines psalmodient des passages des Écritures et évoquent l’évanescence des êtres et des choses, mais n’agissent jamais en tant que “prêtres”. L’un des textes fréquemment récités est le suivant :
« anicca vâta sankhârâ
uppâda vaya dhammino
uppajjitvâ nirujjhanti
tesam vûpasamo sukho. »

Toutes les conditions sont évanescentes,
leur nature est d’apparaître et de disparaître ;
ayant surgi elles s’évanouissent.
Ce calme, cette cessation, là est le véritable bonheur. »
Après la crémation on procède souvent à des cérémonies afin que les bonnes actions du défunt président à sa (bonne) renaissance. En mémoire du défunt, et pour l’acquisition en son nom de “mérites”, on effectue des offrandes au monastère, un fils ou petit-fils du défunt reçoit l’ordination de novice, parfois on finance la publication d’un livre. De telles cérémonies peuvent également avoir lieu à la date anniversaire du décès.

Inde brahmanique: idéologie funéraire

Chez les Indiens, «la volonté de faire entièrement disparaître tous les restes du corps, d’effacer la moindre trace de ce qu’était ici-bas l’individu vivant, de façon que, purifié de ses attaches à l’existence terrestre, transmuté en oblation sacrificielle, il soit restitué à un « espace sans limite »…
La mort, lieu de sociabilité des vivants et des morts

Les sacrifices *et les rites de sépulture révèlent ou restaurent l’identité collective et l’ordre social. Ils alimentent la convivialité des vivants, entre eux et avec les morts. Les cultures amérindiennes ont à cet égard un riche héritage de rites de la mort dans une perspective du maintien…